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Derrière le silence

Pas d’images, peu de comptes-rendus,  juste des informations qui gouttent, qui ne disent rien, on parle matériel, effectifs,  positions. On parle des villes prises comme des mots savants. Des militaires prennent la parole, je reçois des mots  préparés, sélectionnés, formatés, coupés, collés.

On s’habitue peu à peu  à la rubrique « Mali » qui s’installe. La substance manque, les images aussi. Guerre muette. Y penser, se douter, essayer.  Envisager  la violence des armes, le bruit des bombes,  la peur,  la sueur et le sang .

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Florence

Florence, encore. On montre son avion, l’aéroport, elle arrive, elle est là. Elle parle, une voix claire. Encore elle répond aux questions . Parfois sa voix tremble, les yeux qui brillent, une pensée furtive qui d’un coup retourne là-bas .  Sentir alors la gène, le malaise, trop de questions, trop vite . Vouloir qu’on  la laisse tranquille .

Florence se laisse porter, son nom est partout dans la ville. Elle sait, elle va devoir répéter encore, raconter la libération et tout le reste : la souffrance, le doute, la peur. Se dire qu’ il faudra penser à elle quand on commencera à l’oublier pour de bon.

Libre

Attendre, elle le fait depuis sept ans, cette fois-ci, elle veut être seule.  Elle refuse de voir l’audience à la télévision. Attendre seule, elle regarde sa montre, elle sursaute,  décroche le téléphone, elle ne parle pas, elle écoute son avocat.

Elle lâche le combiné, elle prend la nouvelle comme une gifle. A cet instant, il ne lui reste que les larmes et le doute, encore.  Florence relève la tête, elle regarde les murs de sa cellule, puis tout revient très vite, les images en vitesse accélérée. Elle se lève. Se préparer à partir, son regard se perd de nouveau dans un quotidien qui déjà, ne lui appartient  plus.

Göttinguen, mon amour

On annonce un anniversaire, des cérémonies, la France, l’Allemagne. Je retrouve un studio de télévision, les années soixante, noir et blanc, elle en noir. Deux accords de piano, sa voix claire se détache. Envie de fredonner aussi. Elle cherche le public, le prend par les yeux. Elle sourit parfois, des mots simples se déplient, touchent . J’avais oublié ça. Rester encore, se laisser bousculer jusqu’au bout, sans bouger. Puis, y être tout à fait.

« Ils restent là à nous sourire, mais nous les comprenons quand même, les enfants blonds de Göttinguen … les enfants sont les mêmes à Paris ou à Göttinguen »

Ne jamais oublier ça.

Barbara. vidéo – 1967

Derriere le rideau

Ouvrir un oeil avant la sonnerie du réveil, y penser, écouter les bruits du dehors, se dire qu’ ils paraissent lointains, différents, étouffés. Ecouter encore, attentivement. Puis se lever doucement, aller jusqu’à la fenêtre, d’une main, écarter légèrement le rideau, rester un instant à observer, profiter du nouveau décor.

Plus tard, évaluer les centimètres, chercher des repères. Ne pas allumer la radio, rester juste comme ca, profiter un peu du silence entre le noir du café et le blanc du dehors.

papier peint

Une centrale posée sur une mer de sable, les images tournent en boucle : les seules. Les autorités muettes lâchent quelques vagues indications, le bain de sang annoncé ne montre aucun visage, les chiffres tombent, puis se contredisent. Les chancelleries s’agacent, les journalistes meublent, ils épuisent toutes les sources, le conditionnel est de rigueur, les images d’archives de la centrale s’installent et tapissent les programmes d’information.

Très haut, bien après le bleu du ciel, il déplie ses grandes ailes bleues dans un silence noir, il avale des données et crache une perspective des installations, plate. Faire avec.

Monter le son

L’écran plat est allumé au dessus du comptoir: édition spéciale, le décor semble avoir changé, des images d’un site gazier dans le désert algérien tournent en boucle. Un bandeau urgent défile en bas de l’écran. Le patron se tourne, attrape la télécommande, penche la tête bien en arrière, monte le son. Les conversations fondent, les têtes se lèvent.

Les derniers distraits froncent les sourcils. Les premiers experts tentent quelque chose, le patron passe sa lavette sur le comptoir, un couple entre, un verre de vin blanc se rempli, le percolateur retrouve de la voix.

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