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Billets inédits

12 janvier 2011
Ouverture des soldes d’hiver

Deux mondes

Des petits hauts, des étiquettes, des réductions, des affaires. On liquide, on déstocke, on dégriffe, on déballe, on installe, on fait la queue et on en profite ! On rentre las bras pleins, les jambes lourdes. Je croise des stocks qui débordent, du «made in China» à tout va, des consommatrices frénétiques, levées tôt, se tenir prêt, c’est la guerre, pousser, doubler, arriver la première, on ne plaisante pas avec le pouvoir d’achat, avec le pouvoir d’être là.

Cette profusion de marchandises me donne le vertige, combien d’usines là-bas ? Combien de petits bras ? Combien de nuits sans sommeil pour ça ?

14 janvier 2011
La fuite de Ben Ali

Dégagement

Ce matin les rues de Tunis ont montré les dents, une foule féroce. Avenue Bourguiba, la foule est matraquée, pourtant le tyran l’a déjà compris : la peur a changé de camp. La ville est martyrisée, traquée, tabassée toute la journée. Devant le ministère de la terreur, un jeune homme lâche quelques larmes et quelques mots, il parle des premiers morts, détresse. Puis on laisse la télé allumée toute la soirée, on apprend l’état d’urgence.

Plus tard on apprendra qu’il est brusquement parti. Il a filé, il est sorti par la petite porte, il s’est pressé, il s’est caché pour ne pas être vu. Il a quitté la table comme un voleur. Son avion a décollé très vite, hublot baissé, sans un dernier regard pour ce pays là.

25 janvier 2011
Examen par le Sénat d’une proposition de loi sur l’euthanasie

Un chemin vers la nuit

Les politiques au chevet des malades : des personnes en fin de vie qui voudraient bien partir, vite. Service de soins palliatifs : je vois des visages qui ont déjà quitté des corps fatigués, des yeux qui sont déjà partis. Il y a ces regards qui cherchent de l’aide pour partir, pour quitter les journées de souffrance, pour alléger enfin le poids de la maladie qui ronge. Les journées s’écoulent comme un goutte à goutte douloureux. Attendre la nuit, attendre juste une main qui viendrait dans la sienne, pour être accompagné doucement vers le silence et le noir.

2 février 2011
Sortie du film « le discours d’un roi »

Des mots qui hésitent

Un royaume, une fonction, des obligations. Un roi, George VI. Un roi qui n’y arrive pas. Des mots qui manquent, des mots qui s’absentent. Des regards qui se tournent vers une bouche, cette bouche royale qui s’interrompt sans cesse : malaise. Attendre la suite, combler le silence, feindre la souffrance d’un homme.

La guerre s’annonce, l’Allemagne nazi menace. Il faut trouver les mots, parler au peuple, parler clair, parler d’une seule voix. Il faudra trouver la force de dire, la force de surmonter un handicap et le regard des autres.

11 février 2011
Dick Annegarn, une photo

Le brocanteur des mots

Des lunettes de travers, grand gosse, un peu dingue et un peu joueur. On se rappelle de ses rengaines folk, des histoires écrites avec la plume de l’enfance, des drôles de phrases qui s’emboîtent avec fantaisie. Il parle de ses origines multiculturelles comme d’un mélange épicé qui donne du goût à sa vie, une saveur à ses chansons.

Un peu saltimbanque, un peu acrobate il continue de voler des mots par ci par là. Alchimiste-poète, le grand Dick va bricoler ces mots là et nous les cuisiner avec sa guitare. Une conversation heureuse avec un monde qui s’éloigne.

12 février 2011
Le départ de Moubarak

Les belles larmes du Caire

C’est fait. Il est parti. Moubarak a quitté le pouvoir. L’armée s’est rangée avec la rue. On veut se réjouir, lâcher cette tension, fêter la chute du tyran.

Je vois des enfants sur un char, amusés sous le regard bienveillant d’un soldat. On sympathise avec ces militaires. Des sourires fleurissent à chaque coin de rue. Demain on achètera quand même les journaux pour lire ce qu’on a vécu, pour être tout à fait sûr. Des larmes répondent aux clameurs, c’est un pays tout entier qui est en train de se regarder, libre. Des larmes aussi pour lâcher toute cette souffrance retenue pendant trente années. La liberté n’est pas facile, jamais. On y pense pas, pas encore.

1er mars 2011
Décès d’Annie Girardot

Annie

Assise sur un lit, une photo en noir et blanc. 1960. Sous la lumière de Visconti, déjà elle offre un regard saisissant,  des yeux qui vous avalent, une présence envahissante qui rend plus beau celui qui la regarde.

Les films s’enchaînent, une femme française s’impose avec un naturel déconcertant. Puis, une vie qui brûle aussi, avec des passions dangereuses, des soirs de détresse.

Annie Girardot aimait follement la vie, le cinéma se souviendra du regard authentique d’une femme qui avait su si bien porter le miroir d’une époque.

11 mars 2011
Le Japon dévasté par un tsunami

Monde perdu

Japon. Région de Sendai. La terre tremble. Scène presque ordinaire, il faut s’immobiliser et attendre.  Mais les secondes s’éternisent : inquiétude. Puis, très vite on apprend, une vague géante qui avale tout : la terre, les maisons, les autos, les routes, la vie.

Des routes, des ponts se cassent comme des maquettes fragiles. Des maisons sont avalées par une montagne d’eau.  Je regarde des autos, des maisons, des morceaux de tout la dérive, des bateaux orphelins, sonnés et abandonnés dans un monde perdu. Des hommes et des femmes se tiennent debout sur les toits, survivants au milieu des eaux, abandonnés par un territoire qui se brise.

15 mars 2011
Fukushima : accident nucléaire au Japon

Partir, attendre

Centrale nucléaire de Fukushima. Troisième explosion, des incendies, des fumées épaisses. Les experts défilent pour nous expliquer.  On comprend l’essentiel : des fuites radioactives. On explore les alentours, on croise des convois, la foule, des familles qui cherchent à quitter la zone, vite.

Plus loin, on nous montre un gymnase, des tapis, des couvertures, des réfugiés à perte de vue. J’observe ces corps épuisés, ces visages cachés, défigurés par les masques. Je regarde aussi ces petits corps abandonnés dans un sommeil précaire, ces enfants qui attendent et qui apprennent à ne plus poser de questions.

7 avril 2011
Jean Louis Trintignant annule sa participation au festival d’Avignon

Éviter la ville

Une blessure reste ouverte. Un homme a perdu sa fille, assassinée.Il pense à elle, il pense à Marie. Il ne veut pas venir en Avignon.  Impossible d’envisager de croiser l’homme qui l’a tué, jamais. Il voudrait qu’il se cache, il voudrait qu’il se taise.  On parle de Cantat et d’un spectacle en Avignon et ça il ne le supporte pas, il ne peut pas.
Oublier Avignon, oublier la ville, complice d’une présence indésirable. Il faut rejeter l’homme là où il se trouve, ne pas voir la trace, celle du meurtrier.

Pardonner ? il y a eu trop de souffrance et trop de mots lâchés, trop de haine. Jean-Louis Trintignant veut esquiver tout ça et éviter la ville,  refuser à tout prix de croiser le miroir de sa souffrance.

11 avril 2011
Arrestation de Laurent Gbagbo

Abidjan hésite encore

Abidjan. Quartier de Cocody. Une résidence bunker. Des militaires en armes, on tire, ils répliquent. Ils entrent. Confusion, agitation, discussion.  Il est là, il attend, on le trouve, on lui enfile un gilet pare-balles, un casque. Il sort du bâtiment, les militaires l’entourent, on lui tient les bras.

Peu après, Hôtel du Golf. Gbagbo est installé dans une chambre. Il regarde autour de lui, maillot de corps, apeuré, hagard,  un regard qui vient de l’enfance, il a eu peur de mourir, la peur est encore là, il ne parle pas. C’est fini, il le sait. Plus tard, le couvre-feu comme tous les soirs, Abidjan attend encore, elle ne sait pas si elle peut profiter de la nouvelle.

21 avril 2011
Une famille de Nantes disparaît, trois corps sont retrouvés

La maison du secret

Nantes, une maison au coeur de la ville, depuis le 3 avril c’est le silence. Puis, on apprend l’impensable : des restes humains retrouvés sous la terrasse,  une famille en morceaux là, en-dessous. Je regarde cette maison, immuable, elle garde des secrets.

Lieu du complot, lieu du crime, les enquêteurs l’ont interrogé : rien. Une maison murée dans son silence, pas de traces.  Les murs de cette maison ont tout vu, tout entendu, témoins d’une scène de crime effroyable. Une maison accusée de complicité :  des scellés ont été posés sur la porte. Une maison qui fait changer de trottoir les passants.

11 mai 2011
Ouverture du festival de Cannes

La république des VIP

Royaume de la frime, principauté du clinquant, festival de tapis rouge, exposition de limousines, défilé de smoking, démonstration de robedu soir,
réunion de «noeuds-pap». Puis, la montée des marches, enfin ! Y être ou mourir.

La croisette s’étale, se dénude, elle se montre, elle exagère, elle s’amuse, elle fait son cinéma. Des stars se regardent, se prennent au sérieux, prennent la pose,  s’amusent devant les photographes. Tard dans la nuit Cannes s’endormira enivrée de champagne.

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